© Joséane & cie

Écrire avec ses personnages

June 6, 2019

 

 

- Un article inspirant de Coralie Lemieux

 

 

On dit souvent que l’écriture est un passe-temps solo. Ici, chez Joséane & cie, on remet en question cette affirmation, notamment avec les ateliers de groupe et l’ensemble de nos services offerts, qui permettent aux auteurs d’interagir avec leurs pairs.

 

Il y a aussi une dimension plus intime à la notion d’avoir de la compagnie en créant... Vous l’avez déjà deviné par le titre de cet article : je vous parlerai ici d’écrire en collaboration avec ses personnages!

 

 

À quel type de textes cette collaboration s’adresse-t-elle?

 

Cet article est applicable à tous les genres littéraires. Pour ceux qui écrivent des essais, cela peut pousser diverses voix à se manifester sur un sujet donné (arguments et contre-arguments, ça vous dit quelque chose?).

 

Pour les dramaturges, ça peut amener une profondeur et une formulation plus adéquate des répliques des personnages. Ça peut aussi aider à jauger le niveau de description des didascalies.

 

Pour les poètes, le dialogue avec les personnages permet de prendre contact avec la partie de soi qui s’exprime dans les vers. Quelle est la nature de la voix qui s’exprime? Y a-t-il un destinataire à qui s’adresse le poète? Voilà un nouveau personnage! Le poète dévoile-t-il un être aimé, désiré ou détesté? Voici de nouveaux personnages encore!

 

Toutefois, évidemment, le genre narratif (roman, nouvelle, conte) est celui où l’interaction avec ses propres personnages est la plus utile, car il y a souvent un univers bien plus vaste dans un roman que dans un poème! (Et si vous n’êtes pas d’accord, je vous invite à relever ce défi et à prouver que j’ai tort!)

 

D’accord, mais par où commence-t-on la co-création?

 

La première question à se poser est : « Comment crée-t-on une histoire? » Est-ce que c’est le message à faire passer qui impose un contexte et des personnages particuliers pour le transmettre? Est-ce que c’est une société inventée qui va conduire à inventer des castes sociales singulières? Ou bien c’est le personnage qui naît d’abord, et tout le reste découle de lui?

 

Si on débute avec un contexte ou une société déjà fixés et que les personnages en découlent ensuite, la recherche sera alors cruciale. S’il s’agit d’une œuvre historique, les livres de référence seront les premiers à être interrogés. Si c’est un univers qui part de vous, alors devenez journaliste et explorez-le! Joséane propose d’ailleurs un tableau très utile pour créer une société dans sa formation Écrire une histoire.

 

Pour ma part, je rencontre presque toujours un personnage en premier. Il me présente ensuite son épopée. Je me base donc sur sa psychologie et ses valeurs pour créer le monde qui a pu influencer son être et ses idées.

 

Dans ce cas-ci, discuter avec le personnage peut apporter de très utiles informations sur l’ensemble de l’œuvre.

 

OK, mais ce n’est pas un peu étrange de parler avec ses personnages?

 

Quand je mentionne à des non-initiés que je parle avec mes personnages, j’avoue que j’obtiens souvent des regards inquiets ou confus. Moi-même, il y a dix ans, je me demandais si c’était normal; si c’était sain, surtout. Et disons seulement que faire une recherche Internet sur « ami imaginaire chez l’adulte » ne m’avait donné que des articles inquiétants sur la schizophrénie à l’époque! J’ai refait une tentative aujourd’hui et les résultats sont beaucoup plus diversifiés.

 

Voici ce que je retiens.

 

Le plus important, c’est que ces « présences mystiques » qui m’accompagnent sont bienveillantes et portées sur la création. Les amis imaginaires de ma jeunesse ont évolué avec moi pour devenir des personnages de roman. Les jeux, les univers que j’inventais quand j’étais petite ne m’ont ainsi jamais abandonnée. J’ai eu beaucoup de chance, en fait, de ne jamais perdre de vue cet « enfant créateur » que tous ont en eux!

 

Maintenant, si entendre ou voir vos personnages n’est pas un phénomène commun chez vous, il vous reste à réveiller cette capacité si vous en avez le désir! Cet élan de créativité sans limites n’est pas mort à l’intérieur de vous, il est simplement replié dans le fond d’une boîte fantaisiste dissimulée dans le placard des responsabilités adultes.

 

Tournez vos yeux vers cette boîte. Tendez l’oreille. La voix qui en émerge est une partie intégrante de vous. Laissez-vous tenter, ouvrez cette boîte! Une fois synchronisé avec votre enfant créateur, un état d’esprit inspiré est tellement plus facile à atteindre!

 

Pas convaincus?

 

Si l’idée de discuter avec une partie de vous-même ne vous plait pas, une variante peut amener un résultat similaire : au lieu d’imaginer le personnage vous parler comme s’il était dans la pièce avec vous, fermez les yeux et visualisez-le en grande conversation avec un journaliste. Le journaliste, c’est votre avatar, celui qui posera les questions dont vous désirez une réponse. Faites-le avec un dictaphone ou encore à l’écrit si les yeux fermés vous endorment.

 

Sinon, je vous propose une méthode qui aide à la fois aux idées et aux dialogues intérieurs : une bonne marche! Je prends toujours mes écouteurs et une bonne sélection musicale pour bloquer les sons ambiants (mais pas trop quand même, il ne faut pas oublier la sécurité!) et je me lance.

 

Comme je mène plusieurs projets de front, je dois préciser, alors, qui j’appelle. Je nomme mon roman ainsi que les personnages en question et je me mets en route. Un peu formel, j’en conviens, mais sinon ce serait le chaos. Aller me promener me donne souvent plein d’idées, alors c’est bien de cibler ce que je cherche. Je donne une direction à mon esprit inventif comme à mes pas!

 

Ensuite, je visualise mes invités à côté de moi et je leur parle (en pensée bien sûr, je préfère éviter de me faire dévisager par les piétons). Je leur demande comment ils se sentent par rapport au passage que nous travaillons, ce qu’ils voudraient faire plus tard, quelles sont les ambitions…

 

Bref, tout ce qui est pertinent pour mon livre en cours d’écriture!

 

Que peut-on retirer d’une telle collaboration?

 

Les questions à poser aux personnages seront définies par le lien entre eux et l’histoire. Sont-ils les instruments de l’intrigue, des marionnettes aux fils bien tendus? Êtes-vous un spectateur de leur vie, un genre de biographe d’un monde parallèle? Êtes-vous le dieu de ce monde que vous façonnez comme vous le souhaitez?

 

Ou encore, peut-être adhérerez-vous à ma vision de la chose : c’est un peu un mélange de tout le précédent paragraphe. Mes personnages ont une volonté propre, car ils décident de ce qui arrive dans leur histoire. Ils sont coauteurs, car ce que je couche sur le papier dans mes livres, c’est l’équivalent d’une pièce de théâtre pour eux.

 

Si quelqu’un meurt, c’est seulement dans le livre, pas dans ma tête. Ce qui fait qu’ils coopèrent beaucoup avec moi et qu’ils n’hésitent pas à aller à fond dans les intrigues fastidieuses. J’écris leurs jeux. Je bloque beaucoup moins ainsi et je ne me sens plus seule navigatrice à bord du bateau créativité!

 

Et si je ne veux pas parler à mes personnages?

 

Évidemment, cette méthode n’est pas pour tout le monde. Mais si votre inconfort ne se situait pas dans le fait de discuter avec des êtres immatériels, mais plutôt dans la nature même du personnage?

 

J’ai entendu plusieurs auteurs commenter la difficulté de bien connecter avec le « grand méchant » de leur roman, car parfois, il représente tout ce qu’on déteste chez un être humain. Pourquoi aller bavarder avec un être si ignoble, si mesquin, si cruel?

 

Parce que lui aussi est une personne dans votre histoire.

 

Bien sûr, vous pouvez créer un antagoniste purement maléfique si cela cadre bien dans votre projet. Mais ces personnages manquent souvent de profondeur. Ils deviennent ainsi des archétypes qui flirtent avec le cliché. Trop lisses dans leur noirceur (ou leur clarté), ils finissent par perdre de leur vraisemblance.

 

Quant à moi, j’aime beaucoup quand le méchant réussit à attirer de l’empathie, que l’on comprend ses motivations, qu’on voit qu’il n’a pas toujours été l’esclave de ses pulsions malsaines.

 

Par ailleurs, si vous gardez une distance avec vos personnages, même vos méchants, vous risquez de manquer quelques détails intéressants sur leur évolution et leurs motivations.

 

Pour donner une voix à ces êtres lointains et difficilement approchables que sont les grands méchants, il est possible de faire appel à son propre intérieur. Car oui, même les antagonistes sont des côtés de soi! Pourquoi ne pas aller à leur rencontre et essayer de comprendre ce qui les menés là? Vous pourriez être surpris de la richesse de leur personnalité!

 

En conclusion…

 

Chaque écrivain développe sa méthode pour créer, mais s’il y a bien une chose que j’ai apprise depuis que j’ai commencé à interagir avec d’autres auteurs, c’est que même la recette que j’ai développée pendant dix ans (parler avec mes personnages et co-créer avec eux) peut encore être améliorée.

 

Vos personnages vivent en vous : pourquoi ne pas les écouter?

 

 

Pour plus de conseils et d’idées pour faire naître des personnages et l’univers dans lequel ils évoluent, n’hésitez pas à nous contacter pour du coaching ou des formations de groupe! 

 

 

 

 

 

Coralie Lemieux

 

Collaboratrice et coach littéraire en écriture de fiction chez Joséane & cie

 

 

 

Découvrez nos services aux écrivains ici: 

www.joseanecie.com/ecriture

 

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